mercredi 25 août 2010

Retour au bercail !

Ça y est ! Nous voilà à Fouesnant. Nous avons fait un superbe voyage, nous en sommes très heureux, mais nous avons un énorme plaisir à rentrer à la maison ! 4 mois, c’est bien et c’est long, c’est selon…
Donc nous sommes restés à Kilmore Quay au Sud-Est de l’Irlande pendant 3 jours, en attendant que le coup de vent passe et que la mer se calme « un peu ». Nous en avons profité pour visiter la ville voisine de Wexford, faire de menus travaux sur le bateau, nous promener, admirer le phoque vedette du port. Le vent n’a pas empêché les moments de grand soleil et nous avons bien apprécié notre attente.
Samedi 21 août nous quittions le port pour les îles Scilly au Sud-Ouest de la pointe de la Cornouaille britannique. 140 miles dans de bonnes conditions, avec un vent léger mais suffisant pendant les ¾ de la traversée, avec un ciel dégagé, du soleil dans la journée et la lune pour nous éclairer pendant la nuit : agréable et facile. De temps en temps du courant contraire, évidemment, mais surtout encore une mer agitée : nous avons été encore malades… Nous sommes arrivés entre les îles de Bryer et de Tresco vers 11 heures du matin (traversée de 24 heures environ) et avons été surpris par la transition entre la mer et l’archipel. Certes, il faisait beau en mer, mais l’entrée dans un archipel sous le soleil, dans un archipel éclatant de couleurs et d’une grande quiétude malgré la fréquentation touristique était magique. Pourtant nous connaissons l’endroit, pour y avoir mouillé deux fois « quand nous étions jeunes » : nous arrivions déjà en territoire connu, d’autant que la majorité des bateaux à l’ancre étaient français, et que le premier bateau que nous avons vu et auprès duquel nous avons mouillé était un RM 10.50, Chamagui ! Et nous savions aussi qu’un autre RM 10.50, Ovento était aussi dans l’archipel.
Mais il y avait une urgence : nous sommes allés faire la sieste ! Puis une visite sur l’île de Bryer, et des emplacements notés dans le blog de l’association des propriétaires comme favorables à un « beachage » (poser du bateau à marée basse sur la plage) : nous préparons l’avenir… Et apéritif avec l’équipage de Chamagui. L’équipage de Ovento étant beaché sur l’île voisine n’a pas pu nous rejoindre, mais s’est rattrapé le lendemain avant notre départ. La pluie a eu la bonne idée de tomber pendant la nuit, et au matin nous avons pu aller raviver nos souvenirs sur l’île de Tresco, et repérer la côte nord de l’île.
Nous avions presque l’intention de rejoindre Ovento et de beacher à côté de lui, mais les prévisions météo en ont décidé autrement : un coup de vent de Sud (dans le nez, donc) s’annonçait sur l’archipel et le chemin vers la Bretagne pour mercredi matin : nous voulions être rentrés avant. Nous avons donc fixé notre départ à 16 heures le lundi 23 août, de façon à avoir de bonnes chances d’embouquer le chenal du Four avec un courant portant vers le Sud. Nous avons traversé l’archipel à marée haute, toujours sous le soleil et avec des paysages toujours magnifiques, mais avec un vent un peu soutenu : 2 ris et la trinquette nous suffisaient largement. Le vent est d’ailleurs resté soutenu jusqu’à l’aube avec une moyenne de 22 nœuds et des pointes à 26, sur l’arrière, et la mer… très agitée, avec une bonne houle et des vagues plutôt confuses. Compte tenu de notre expérience de la veille, nous avions pris des cachets de Nautamine : nous n’avons pas été malades ! Mais nous ne nous sommes pas non plus sentis en grande forme, plutôt assommés… Heureusement le PA nous a encore surpris par sa capacité à tenir le bateau dans ces conditions agitées. Nous avons traversé les rails anglais de cargos en début de soirée sans même à avoir à adapter notre cap. Pour mieux stabiliser le bateau, nous avons choisi de nous écarter encore du vent arrière, quitte à passer à l’Ouest de Ouessant, plutôt qu’à l’Est : adieu à notre escale à Camaret… En revanche, notre vitesse à augmenté, et nous avons la vitesse de 12 nœuds pour la première fois. Autre première : la traversée des rails français des cargos de nuit. Le trafic y est nettement plus important, mais l’AIS nous a rendu les décisions plus faciles. En général, sa portée nous permet de voir 3 cargos arrivant l’un derrière l’autre, et dont nous devons croiser la route perpendiculairement : le premier passe évidemment devant nous et le troisième passe évidemment derrière nous. Pour le second, c’est plus corsé : un porte containers a fait une correction de route de 10° pour nous laisser passer, un autre a au contraire choisi d’incurver sa route quitte à nous couper la nôtre : le suspens a duré jusqu’au dernier moment et nous avons dû rentrer le génois pour le laisser passer, à très petite distance…
Au petit matin, nous passions à l’Ouest de Ouessant, avec des vents nettement plus faibles. Les courants de marée nous étaient bien favorables, mais ne le seraient pas jusqu’au passage du Raz de Sein, plus au Sud. Une escale au Cap de la Chèvre (Pointe de la Bretagne) serait nécessaire ?? La mer s’est calmée, les coefficients de marée ne sont pas trop élevés, le courant contraire nous portera vers le Nord, mais le vent sera d’Ouest : nous évitons la situation détestable du « vent contre courant » : nous décidons de tenter de forcer le passage, tout en sachant que cela prendra un certain temps.
Jusqu’à midi et l’arrivée à la hauteur du phare de Tévennec, tout va bien : le courant est contraire, mais relativement faible. Mais comme prévu la situation devient plus tendue entre Tévennec et les phares de La Vieille et de La Plate : jusqu’à 4 nœuds de courant contraire. De plus, l’un des effets du courant est de nous « voler » notre vent, qui semble diminuer. Nous avons beau mettre le moteur et le faire tourner à un bon régime, nous piétinons. En plus des « marmites » et des vaguelettes en tous sens levées par le courant, quelques grosses vagues nous arrivent de l’arrière et certaines font mine de déferler. Nous mettons les gilets de sauvetage et nous attachons. Mais cela ne va pas plus loin : tout à coup, le paysage recommence à défiler, d’abord lentement, puis plus rapidement : nous sommes passés ! Le courant sera encore défavorable pendant une bonne dizaine de miles, mais de moins à moins intense.
A 16 heures, le vent est très faible et de travers. Nous décidons de monter le spi asymétrique. Mal rangé après la dernière utilisation, il nous donne un peu de fil à retordre, mais joue son rôle pendant près de deux heures. La Bretagne a bien fait les choses pour notre retour : le soleil est là, au point que nous ressortons les casquettes que nous n’avions plus utilisées depuis la Norvège ! Nous allons à presque 5 nœuds sous spi sur une mer calme, et… un banc de marsouins nous rejoint. Ils sont sans doute plusieurs dizaines, car rien qu’autour de la proue nous en comptant une dizaine, et d’autres nagent ou sautent tout autour du bateau. La mer grouille de vie. Nous devons suivre le déplacement d’un banc de poissons, car les oiseaux de mer sont proches et s’activent à plonger pour pêcher : les marsouins restent avec nous un petit quart d’heure. Nous avons le temps de remarquer celui qui frappe la mer de sa queue avant de replonger sous l’eau, celui qui a des cicatrices sur le dos, ceux qui nous montrent leur ventre clair pour surveiller l’étrave d’un regard de côté, ceux qui bousculent leurs congénères pour prendre la « meilleure » place à l’étrave… Encore un moment magique !
A 18 heures, le vent est tombé, et les derniers miles se feront au moteur.
A 23 heures, heure anglaise (minuit, heure française), nous sommes amarrés à notre port d’attache, Port-la-Forêt. 31 heures de traversée, plus de 200 miles, c’est bon de rentrer… et de dormir…

Notre dernière entrée dans ce blog se fera dans quelques jours, sous forme d’un bilan. D’ores et déjà, nous remercions nos fidèles (et même occasionnels) lecteurs !

Aspects techniques
  • Excellent comportement du pilote automatique Raymarine ST 6002 qui se comporte comme un véritable 3ème membre d’équipage. Réglage : sensibilité 2, gain 5. Consommation de l’ordre de 2A/h dans ces conditions. Même par mer forte sur l’arrière, le PA rattrape rapidement et évite les empannages. Il a même rattrapé un départ au lof. Il faut l’aider en équilibrant sérieusement le bateau et en gardant suffisamment de toile sur l’avant. Nous avions 2 ris, la trinquette et le génois. Rail complètement sous le vent.
  • Même par vent faible (8 à 10 kt de travers), faible coefficient (76) et houle modérée (1,5m), le passage du raz de Sein n’est jamais gratuit. Une vague a fini de déferler sur l’extrémité arrière. L’aide d’un bon moteur est appréciée.




Picasa
Plein écran

mercredi 18 août 2010

La côte Est de l’Irlande

Nous n’avons pas vu grand’ chose de l’Irlande cette année : notre objectif était de descendre au plus vite vers le Sud, nous ferons sans doute mieux l’an prochain !
Notre intention était de rentrer via l’Angleterre et le Pays de Galle, et nous n’étions absolument pas préparés pour cette venue en Irlande. Nous avions quand même un guide Imray sur l’Irish Sea.
Nos impressions sont donc tout-à-fait superficielles : la côte est assez linéaire, avec très peu d’îles, un peu montagneuse au Nord, plutôt basse au Sud. Le mouillage forain est donc s ans grand intérêt, d’autant que la mer est toujours travaillée par les courants de marée. La seule nuit que nous ayons passée dans un mouillage forain, sur l’île de Lambay au large de Dublin a été agitée par un méchant clapot alors que nous étions parfaitement abrités du vent et que les jours précédents avaient été fort calmes… Donc, pour bien dormir, il faut aller au port !
Les ports ne sont pas très nombreux, mais les 3 que nous avons utilisés étaient accessibles à toutes les heures de la marée et très accueillants. D’abord Ardglass, au sud de Belfast, puis Arklow bien au Sud de Dublin et Kilmore Quay à la pointe Sud-est de l’Irlande. Dans les 3 cas de bons services, des maîtres de port présents et qui jouent leur rôle dans de petites villes où nous nous sommes sentis bien !
Question navigation, nous voulions avancer, et nous avons avancé : 220 nautiques en 4 journées. Les deux premières un peu ennuyeuse : le temps était anticyclonique et le vent faible, le moteur a donc tenu une place prépondérante… Les deux dernières journées ont été magnifiques : vent portant le plus souvent et d’une intensité maniable qui nous a même permis de trouver une utilité à notre spi asymétrique ! Certes, il n’a pas fallu rechigner aux changements de voilures car le vent varie assez fortement, et sans prévenir. Mais au résultat, nous avons fait des pointes jusqu’à 9,5 nœuds sur le sol, le courant aidant. Parce que les courants de marée constituent un souci constant,, comme en Bretagne Nord. En vives eaux ils vont couramment jusqu’à 4 nœuds : autant les avoir avec soi, quitte à partir de bon matin ou à faire une petite sieste en milieu de journée !
Autre souci plus au Sud : des bancs de sable. Nous avions un priori très défavorable compte tenu de notre expérience du Nord de la France aux Pays-Bas l’an dernier, mais il y a ici une différence de taille : les vents dominants sont perpendiculaires à la côte. Nous n’avons pas eu à tirer des bords entre deux bancs, simplement à les longer, avec bien sûr, une grande attention à la navigation. Pour arriver à Kilmore Quay, nous en avons même traversé un, de nuit, mais bien balisé à Saint-Patrick’s Bridge. Impressionnant, mais sans problème par bon vent.
Et nous avons vu beaucoup d’animaux. Des oiseaux : l’île de Lamblay est un refuge et elle grouille de vie ; la surface de la mer s’avère couverte de guillemots et autre razorbill qui plongent quand nous passons trop près d’eux. Et les phoques ! Nous avons vu un premier dans le port de Ardglass se prélassant au milieu des bateaux, et nous étions surpris car nous étions les seuls à nous y intéresser. Nous avons eu un début de réponse en quittant le port le lendemain : une colonie était établie juste à la sortie du port… De même à Kilmore Quay où un phoque s’est apparemment établit près de la jeté, mange les poissons que les enfants lui jettent… Plus ceux que nous avons aperçu en route.
Côté émotions, nous avons pris un casier de pêcheur dans nos quilles alors que nous allions bon train, mais bon, après nous avoir nettement ralenti, il a cédé et nous sommes repartis de plus belle !
Nous sommes donc depuis 23H30 hier soir (mardi 17 août) à Kilmore Quay, bien à l’abri. Un vent de 25 nœuds soufflent, mais sous le soleil : nous profitons un maximum de la petite station balnéaire ! Dès que le temps sera favorable, nous nous dirigerons vers les îles Scilly au Sud-Ouest de la Cornouaille britannique puis vers la Bretagne.




Picasa
Plein écran

mardi 17 août 2010

Canal de Crinan et Kintyre

Mercredi 11 août, nous nous réveillons après une bonne nuit (mais très arrosée) face à l’entrée du canal de Crinan. Le vent est tombé au cours de la nuit, et nous levons l’ancre dès 8 heures pour entrer dans la première écluse avant que le vent ne reprenne et soulève une mer qui nous en empêche (cf. l’expérience de la veille…). Cette fois-ci, pas de problème et à 10 heures, nous avons passé 2 écluses et nous nous amarrons sur un ponton qui donne accès à un observatoire d’oiseaux. Le calme !
La construction de ce canal a démarré à la fin du XVIII° siècle : il est plus ancien que les canaux que nous avons empruntés jusqu’alors. Il est aussi plus court : à peine 10 nautiques ! Mais il permet d’éviter la navigation autour de la presqu’île de Kintyre (qu’il traverse) : le Mull de Kintyre, chanté par Paul Mc Cartney est un raz qui a fort méchante réputation, brassé par les courants de marée de la mer du Nord qui passe entre l’Irlande et l’Ecosse à cet endroit. Le choix entre le tour de la péninsule et le canal semble donc vite fait, mais à la réflexion…
Le canal est entièrement artificiel, il comprend à ses deux extrémités des sea-locks (écluses qui permettent la séparation avec la mer) et 14 écluses intérieures. Les écluses sont petites et surtout étroites : la plus étroite ne fait pas beaucoup plus de 6 m de large, alors que le maitre bau de PikouRous est de 4 m sans les indispensables pare-battages). Et surtout, leur opération est demeurée manuelle, et à part les 2 sea-locks et 3 écluses jumelées avec des ponts qui sont mises en œuvre par des professionnels, il revient aux navigateurs de les manœuvrer !
Et c’est du boulot… Remplir la première écluse, ouvrir les portes arrière, faire entrer les bateaux et les amarrer, vider l’écluse, ouvrir les portes avant, aller à la deuxième écluse, la remplir, ouvrir les portes arrière, lâcher les amarres des bateaux dans la première écluse, faire entrer les bateaux dans la deuxième écluse et les amarrer, aller à la première écluse et fermer les portes avant, etc… Et les portes ne sont pas d’un maniement très aisé. L’objectif est donc de disposer d’un équipage plein de muscles (c’est râté pour nous) et/ou d’entasser le plus de bateaux possible dans les écluses (qui sont petites) pour rassembler les muscles de plusieurs équipages (mais s’ils sont aussi pauvre en muscles que vous…). Nous avons tout tenté, mais au résultat après la manœuvre de 7 ou 8 écluses nous étions épuisés, et avons apprécié notre soirée au calme sur un ponton du canal. D’autant que le vent s’était relevé et poussait fortement les bateaux dans le canal (pas grave, on pouvait avancer à 3 nœuds sans moteur !) mais aussi dans les écluses : Daniel devait manœuvrer seul sur le bateau puisque Danièle manœuvrait les écluses, et entrait avec le moteur en marche arrière… Et puis la dernière écluse de cette première journée nous a valu quelques émotions supplémentaires. Le bateau était amarré avec des amarres passées en double autour des crochets prévus à cet effet, et l’écluse se vidait. Danièle était à bord, et s’aperçoit que le morceau de l’amarre arrière qui devrait être libre pour permettre la descente du bateau est coincé sous l’autre morceau : le bord des écluses est usé par l’utilisation de milliers d’amarres toujours au même endroit, ce qui peut conduire à ce genre de situation. Le morceau d’amarre qui est au-dessus est tendue comme un arc et empêche l’autre morceau de glisser : l’eau descend dans l’écluse, mais pas le bateau qui est pendu, et l’eau continue à descendre… C’est la fin de la journée, tous les équipages sont sur leur bateau et nos appels à arrêter le flux d’eau sont vains (Ah ! s’il y avait un éclusier…). Seule solution, le skipper s’empare d’un couteau de cuisine et tranche l’amarre : elle est si tendue que c’est rapide, et l’arrière du bateau retombe à la surface de l’eau de 15 ou 20 cm.
Certes, nous avons une nouvelle vérifié la solidité du bateau et cette fois-ci de ses chaumards,, mais nous nous serions passé de cette expérience ! Structurellement, aucun problème, mais la peinture a un peu frotté contre le mur de l’écluse. Après les 52 écluses du Göta Kanal, les 5 du Trollhatan Kanal, les 29 du canal calédonien, cela fait rager ! Mais, ce n’est pas grave…
D’ailleurs, il est temps de remercier de nouveau Karl Gustav, qui nous a donné les planches que nous avons utilisées pour protéger le bateau dans toutes ces écluses !
Et les paysages sont superbes, le chenal étroit et sinueux, avec une faune dense (des oiseaux aux chevreuils) et une flore de toutes les couleurs. Bon, avec un peu plus de soleil, ce serait encore mieux… Nous avons même été voir un site de rochers gravés de cercles concentriques il y a 5000 ans par des hommes de l’âge de pierre, du temps où il n’y avait pas de canal donc pas d’écluse à manœuvrer dans la région…
Jeudi 12 : 4 écluses à passer, dont 2 à manœuvrer seuls : il nous faut un certain temps. Et nous voilà de retour sur mer en tout début d’après-midi. J’ai bien sûr pris la peine de regarder les horaires de la marée, au port de référence que j’utilise depuis plusieurs jours : nous devrions être à marée basse, mais il nous semble qu’il y a beaucoup d’eau… re-calcul, comparaison avec les prédictions de notre logiciel de navigation : il y a un hic… Il nous faudra bien deux heures pour réconcilier tous les éléments : en fait si la longueur du canal n’est que de 10 miles par la terre, la marée est totalement différente d’une entrée à l’autre (5 heures) : quand la mer est haute d’un côté, elle est pratiquement basse de l’autre, et il est impératif de lire les horaires de marée du port de référence adéquat…
Pas grave, le soleil était avec nous, le vent était portant et nous avancions bien, alors plutôt que de nous arrêter à Tarbert, que des navigateurs nous avaient recommandé, nous décidons de profiter des bonnes conditions pour aller un peu plus au Sud. Nous savons en effet que la côte sera ensuite peu accueillante, et n’offrant que de rares abris : tout ce qui est gagné vers le Sud est bon à prendre !
Nous traversons le Kilbrannan avec un courant favorable de plus de 2 nœuds ; en fin d’après-midi, le vent force un peu (rafales à 22 nœuds) et nous naviguons au portant entre 8 et 9 noeuds : facile et agréable. Nous nos rapprochons de la terre, et expérimentons alors les « squalls » dont nous avons beaucoup entendu parler. Les reliefs élevés n’arrêtent pas les vents forts qui sont au contraire accélérés, passent au-dessus de ces reliefs pour redescendre des sommets vers la mer avec force. Notre vent en fin de soirée varie en intensité entre 3 et 20 nœuds et en direction sur 30 degrés et de façon répétée et violente : impressionnant ! Le courant nous est défavorable maintenant et nous arrivons au port de Campbeltown au Sud-Est de la péninsule de Kintyre dans des conditions très éloignées de l’entrée dans un port protégé de cez nous… L’amarrage au ponton promet… Heureusement, deux Irlandais sortent de leur voilier et nous prêtent main forte, et tout se passe au mieux !
Bryan et Joe viendront d’ailleurs dans la soirée sur PikouRous avec Mickael le fils de Bryan et… une bouteille de vin rouge français : nous avions avoué que nous n’avions plus que du vin étranger à leur offrir… Ils ont planifié leur retour en Irlande pour le lendemain, vendredi 13 août, et nous en profitons pour leur demander conseil sur les itinéraires possibles vers le Sud. Leur recommandation est formelle : la côte anglaise / galloise est très difficile : courants de marée violents, bancs de sable, entrée dans les ports difficiles par vent fort ou réduite en temps par la hauteur d’eau… Même avec un peu de toutes ces difficultés, la côte irlandaise demeure bien plus aisée.
De plus, deux choses sont certaines : la prochaine étape sera au minimum de 70 nautiques, sans escale possible et pour profiter des courants favorables entre Ecosse et Irlande il faudra partir au petit matin.
Nous décidons donc de nous accorder la journée du vendredi pour faire les pleins, relire les guides de navigation !
D’ailleurs, Campbeltown offre tous les services nécessaires et serait même un point de départ bien pratique pour des visites dans la région du Kintyre, apparemment très riche… si nous en avions encore le temps.

Aspects techniques
  • Dans le passage des écluses descendantes, il est important de bien faire passer les amarres de façon à ce que elles ne se coincent pas. Pour cela, le bout libre de l'amarre (que vos tenez en main) doit passer au dessus du bout de l'amarre qui passe dans le dispositif d'amarrage sur le quai et qui est reliée au bateau.
  • Dans les écluses, toujours prévoir un couteau rapidement accessible pour trancher les amarres si nécessaire.
  • Attention à l'utilisation du Spinnaker dans les Fjords ou les Lochs. le vent peut varier brutalement en intensité et en direction.
  • En Grande Bretagne, le courants de marées sont souvent référencés par rapport aux horaires de marées de Douvres (même au nord de l'Ecosse). Il est donc utiles de se les procurer.




Picasa
Plein écran

vendredi 13 août 2010

Aux alentours de Mull

Notre premier objectif sur la côte Ouest de Écosse était l’île de Mull : tout le monde nous l’avait vantée, de même que les îles plus petites qui l’entourent.
Au sortir du canal calédonien, nous mettons donc le cap au Sud-Ouest, et d’ailleurs il n’y a pas d’autre choix car la faille qui a permis le canal se poursuit en mer, avec le Loch Linnhe. Nous ne sommes donc pas dépaysés : mêmes montagnes, même orientation, il y a très peu de vent, la mer est aussi calme sue le canal et nous sommes toujours au moteur, et la petite bruine qui a tendance à nous coller aux basquettes est toujours là ! Nous avons fait nos calculs de marée avec soin : nous devrions avoir du courant contre nous, et il nous est favorable. Que demande le peuple ? D’ailleurs, les quelques jours suivants nous confirmeront que les courants prédits sont rarement ceux que nous observons en réalité, mais ils sont relativement faibles dans cette région, et les coefficients de marée sont ridicules pour notre première journée de navigation en mer. Le vent monte à 10 nœuds dans l’après-midi et nous arrivons vers 16h30 vendredi 6 août dans le Loch Corrie (56°40N 5°10W). 6 bouées ont été installées par les propriétaires d’un domaine immense qui comprend cette baie, des fermes agricole et marine, une carrière, des cottages à louer... Une petite étiquette sur la bouée nous révèle que la nuitée sur la bouée est gratuite, mais que le domaine gère une restaurant situé à 200m , et que nous pourrions envisager d’y prendre un repas. Ce restaurant nous a été recommandé : une promenade sur le domaine, la visite du jardin potager dont proviennent les légumes du restaurant et nous vérifions que l’adresse est excellente !
Samedi nous empruntons le Sund of Mull, un chenal qui longe la côte Est de l’île du même nom, et nous permettra de rejoindre la ville principale, Tobermory 56°37N 6°03W). Toujours un paysage montagneux agrémenté comme il se doit de quelques châteaux en ruine, mais avec un peu de soleil, et du vent… dans le nez. Tobermory est un village très typé, avec des maisons aux crépis de toutes les couleurs. Le port comprend une marina toute neuve qui offre un excellent service, même si la houle y créé un peu de ressac. Le soleil est généreux, alors nous prenons notre temps, visitons un des nombreux pubs… La nuit est calme et sous un ciel découvert, « fraîche », et il fait 12°c dans le bateau au lever (rappel : nous sommes au mois d’août)…
Nous aurions souhaité visiter l’île de Coll, un peu au Nord, mais un vent frais est annoncé pour la nuit qui vient de secteur Sud… Nous passons donc Coll et mettons le cap sur l’île de Staffa, en route vers un mouillage au Sud-Ouest de l’île de Mull. Deux heures après notre départ nous naviguons au près à 5 nœuds avec un vent léger, de nouveau dans la grisaille. Daniel voit un aileron remuant mollement à la surface de l’eau : nous rentrons le génois et à petite vitesse, nous nous rapprochons de l’animal, nous lui tournons autour, et lui fait de même. La rencontre dure un peu. Il fait bien 6 mètres de long. C’est un requin pèlerin, qui nage la gueule grande ouverte car il se nourrit du plancton qu’il filtre. Il ne présente donc aucun danger… Cependant, voire de si près une bête de cette taille est impressionnant, et en même temps émouvant. Danièle prend des photos, mais assise sur le pont pour mieux assurer son équilibre ! Un quart d’heure plus tard, deuxième rencontre ! Même manœuvre de voile, le requin est un peu plus petit, et la rencontre plus courte : il plonge et passe sous le bateau. Cinq minutes encore et nous nous faisons surprendre par un requin que nous voyons tard : pas le temps de réduire la toile, le requin plonge et passe sous le bateau, en même temps que Daniel tente de modifier sa trajectoire pour l’éviter : nous sentons que nous sommes entrés en collision, mais mollement : nous espérons que notre requin s’en sort avec une belle bosse… Nous arrivons à l’île de Staffa en milieu d’après-midi. La mer est assez agitée, et il n’est pas question de mouiller. Nous visitons donc le Sud de l’île en bateau : il consiste en colonnes balsamiques et en grottes surprenantes. Et nous repartons pour nous abriter pour la nuit à la pointe Sud-Ouest de Mull, devant le village de Bunessan. Petit village perdu ? Certes, mais avec un hôtel restaurant de bonne classe et très fréquenté : toute la vie locale semble s’y être concentrée. Nous nous attablons aussi, et nous délectons d’un haggis et un morceau de mouton cuisiné à l’anglaise. Comme promis, le vent souffle fort pendant la nuit, mais nous avons confiance en notre mouillage. Et il pleut à verse, comme les deux nuits qui viendront, mais la journée de lundi est belle et ensoleillée. Le vent est aussi tombé, et nous faisons un saut de puce vers l’île de Iona. La houle remue un peu le bateau, mais l’ancrage paraît bon : nous débarquons. Celle-ci est réputée comme le berceau du christianisme en Ecosse : Saint-Colomba (qui a aussi œuvré à Luxeuil) y a créé un centre religieux au VI° siècle qui a eu un énorme retentissement. Le monastère que l’on peut voir aujourd’hui date plutôt du XVI°, mais il demeure très spécial et émouvant. Le village, au-delà de son aspect touristique est magnifique, et si nous avions plus de temps…
Mais il nous faut repartir, les mouillages sont rares sur la côte Sud de l’île de Mull, et par vent de Sud, il n’y en a pas. Nous avons donc du chemin à faire pour rejoindre l’extrémité Sud-Est de lîle et le Loch Spelve qu’on nous a recommandé pour son paysage et sa faune. Nous arrivons à l’entrée du chenal d’accès au Loch vers 20h00, avec un courant contraire, qui ne dépassera pas 1, 5 nœuds heureusement : un demi-heure plus tard nous sommes mouillés tout au Nord du Loch, parfaitement abrité, entouré de montagnes, mais encombré de fermes marines. Mais au coucher du soleil, tout est beau ! Nous avons même aperçu une loutre de mer, et nous en verrons une seconde le lendemain matin. Pas de grasse matinée (pourtant méritée !) mardi : aujourd’hui nous devons négocier le passage de trois chenaux, avec des coefficients de marée de 100… C’est donc la marée qui commande. De plus, les courants de marée dans le Sund of Luign et le Dorus Mor (qui nous emmèneront vers le Sud et l’entrée du canal de Crinan) n’ont pas des durées équilibrées : ils sont pendant 3 bonnes heures favorables pour aller du Nord au Sud, et près de 9 heures favorables aux navires qui se dirigent vers le Nord. Et, de fait, nous n’aurons pas le temps de prendre le dernier chenal avant la renverse des courants : la sortie du chenal du Loch Spelve se passe très rapidement, avec un courant favorable jusqu’à 2 nœuds, sur une mer un peu formée, le passage du Sund de Luign aussi, mais à 11h00, le vent est tombé et la renverse des courants a lieu : nous devons renoncer à poursuivre notre route au Sud. Celà nous permet également d'éviter de se faire engloutir vers l'ouest par les courants du Golf de Corrywrekan que nous observons de loin. Nous nous laissons donc porter vers l’est, sous un grand soleil, vers la baie d’Asknish. Nous y trouvons une bouée avec une étiquette « Royal Estate », qui n’avait visiblement pas été utilisée depuis longtemps, et comme elle nous convenait parfaitement… elle nous a permis de déjeuner (crêpes sans gluten finlandaises) et d’attendre la renverse des courants dans un endroit fort agréable !
A 15h30, forts de notre calcul de marée, nous repartions persuadés d’avoir dans la Dorus Mor des courants favorables. Eh ! bien, non. Nous avions un demi-noeud contraire, mais avec un bon vent, et en sachant que le temps jouait pour nous, nous n’avons pas eu de difficulté. Celle-ci nous attendait en fait à l’entrée du canal : alors que nous avions eu du vent d’Ouest jusqu’à 17 heures, à 17h15, le vent passait Nord-Ouest et levait une mer agitée en travers de l’entrée de l’écluse lorsque nous nous y présentions à 17h15 : impossible d’entrer…
Nous nous sommes réfugiés à l’abri du vent, de l’autre côté de la baie de Crinan, en mouillant notre ancre sans grand espoir : la carte indiquait des fonds de roches… Mais elle nous a semblé bien accrochée, et les vents ont décru en début de nuit : nous avons dormi ! Le matin et l’ancre remontée à bord nous montreront que les fonds étaient de vase, bien gluante et parfaite pour retenir une ancre…
Avec l’espoir que les vents ne re-forceraient pas trop tôt mercredi 11 matin, et nous laisseraient le temps de rentrer dans le canal…

Aspects techniques
  • Comme partout mais c'est encore plus vrai ici, éviter absolument de naviguer vent contre courant surtout quand il atteint 5 à 6 kt ou plus comme dans le Golf de Corrywrekan.




Picasa
Plein écran

samedi 7 août 2010

Le canal calédonien

Le canal calédonien permet de traverser l’Ecosse en évitant la côte Nord particulièrement agitée. Il est orienté Sud-Ouest Nord-Est, de Fort William à Inverness, et ressemble fort au Göta Kanal ; Et pour cause : c’est le même ingénieur qui a conçu ces deux canaux au début du XIX° siècle. Nous avons d’ailleurs tenté de négocier le tarif de traversée compte tenu de notre passage récent dans le Göta Kanal…ce fut un échec !
En Ecosse, le canal relie 3 lochs : les lochs Ness, Oich et Lochy. Sur une longueur totale de 96 km, seuls 35 km sont donc artificiels. Les écluses sont plus grandes qu’en Suède et le passage y est plus aisé. Elles sont souvent groupées, et le groupement le plus célèbre, Neptune’s Staircase en comprend 8 sur 29 au total. L’altitude maximale est atteinte sur le loch Oich, à 32 mètres. Il n’y a pratiquement pas de bateaux de passagers sur le canal, en revanche de nombreuses pénichettes sont proposées à la location : la maîtrise approximative des bateaux par les locataires dans les écluses ajoute parfois au spectacle… Le service ne nous a pas paru à la hauteur du service suédois, et les informations relatives difficiles à exploiter. Mais dans cet environnement, on passe !
Car du spectacle, il y en a : le canal suit un glen (rivière écossaise), faille encaissée dans les Highlands. Le plus haut sommet de la Grande Bretagne, le Ben Nevis (1300 m) est ainsi à une dizaine de kilomètres de Neptune’s Staircase. La contre-partie, c’est que les vents sont canalisés : pour le navigateur, soit ils sont arrière, soit debout… Et pour nous, ce fut dans le nez ! Le paysage offre aussi quelques châteaux, et les ballades sont infinies.
Nous sommes entrés dans le canal à Inverness dimanche midi et sommes restés à Sea Port Marina pour nous ré-installer. Lundi nous avons redécouvert le Loch Ness, avec quelques rayons de soleil, et nous sommes mouillés au pied de Urquhart Castle, parce que nous voulions visiter le château (en ruine, mais magnifique) et aussi parce que les fonds très pentus ne permettent guère de mouiller. Alors quand c’est possible, nous en profitons ! Comme nous sommes arrivés à l’heure de fermeture du château au public, nous avons eu la chance d’assister à un mariage dans la chapelle en ruine, avec kilts, sonneur… Bon, nous avons été soupçonnés de vouloir entrer sans payer, et cela ne nous a pas beaucoup plu, mais il s’agit d’une attitude fréquente : on se méfie beaucoup plus de l’autre ici que dans les pays scandinaves, et nous l’avions oublié… Les accès aux pontons des marinas sont par exemple systématiquement fermés à clé.
A côté de Urquhart Castle, il y a la petite ville de Drumnadrochit, qui vous vend tout ce que vous voulez aux couleurs du monstre, Nessie. Nous, nous ne l’avons pas vu…
Mardi, le vent avait un peu forci, le loch était tout blanc et le bateau tapait un peu dans les vagues courtes : notre vitesse plafonnait à 4 nœuds. Nous avons tout de même réussi à atteindre Laggan, une étape à mi parcours, sympa. D’autant que nous avons réussi à utiliser une connexion Internet non protégée : la couverture du réseau anglais pour la clé 3 G que nous avons acquise est catastrophique, et pratiquement inutilisable sur notre parcours, en-dehors des villes. Beaucoup de spectateurs autour des écluses de Cullory, dont plusieurs familles françaises !
La journée de mercredi a été la plus belle, question paysages : le Loch Lochy est au aussi profond que le Loch Ness, mais les montagnes qui l’entourent sont plus hautes et plus pentues, plus « dramatic » comme disent les Ecossais ! Question temps, c’est moins bien, gris et « humide ». A la fin de la journée, nous étions à peine à un kilomètre de la sortie du canal, juste au-dessus de Neptune’s Staircase, et il nous restait 11 écluses à passer. Nous nous y sommes installés pour deux nuits, ce qui nous a permis de rejoindre Jeudi le pied du Ben Nevis en bus, et de l’escalader jusqu’à mi-pente : le sommet est pratiquement toujours dans les nuages venus de l’Atlantique, et Fort William à ses pieds est réputée pour recevoir 300 jours par an la pluie ! Alors, même quand il fait 16° c au pied (20 m d’altitude), il fait juste 10° à 600 m, et en moyenne 5° au sommet, avec vent et pluie : A la 4° averse, 650 m d’altitude, après un pique-nique arrosé, nous sommes redescendus ! Mais nous avons eu le temps d’admirer le paysage, somptueux.
Et vendredi, nous descendions notre escalier d’écluses, en répondant aux questions d’un car de touristes italiens. Dernières courses avant de passer l’écluse qui donne sur le Loch Linnhe, en mer et conversation fructueuse avec un navigateur local qui nous a commenté le guide de navigation et recommandé certaines escales.
Nous sommes en route pour l’île de Mull (à prononcer meulle, et non mule comme Daniel).




Picasa
Plein écran

mercredi 28 juillet 2010

Une semaine sans bateau

Patrick et sa bande ont donc envahi le bateau samedi 24 août… Mais nous devons avouer que nous n’étions pas fâchés de retrouver la terre ferme après deux bons mois sur l’eau.
D’après leur relation de leur semaine à bord et les traces qu’ils nous ont laissées sur le livre de bord, il apparaît qu’ils en ont pleinement profité. Une escale à l’île de May à l’embouchure du Forth of Firth leur a permis d’approcher de très près toutes sortes d’oiseaux, dont de nombreux macareux ainsi que des phoques, peut-être des loutres. Ils ont goûté à la navigation de nuit, accompagnés par des dauphins, au mal de mer pour certaine et à la grande intimité que permet le bateau ! Ils ont découvert de tout petits ports, Banff et Lybster où ils ont été accueillis comme des rois, se sont vus offrir crabes et maquereaux et ont pêché des lieus jaunes à ne plus savoir les manger. Ils ont apparemment fait de « gros apéros » suivis de décollage au petit matin pour profiter de la marée. Ils ont tenté d’entrer au port de Helmsdale trop tard par rapport à la marée et se sont fait peur sur des cailloux avant d’atterrir à Port Mahomack.
Ils ont donc rempli leurs objectifs en arrivant vendredi soir à Inverness sans trop abîmer le bateau et en se faisant plaisir. Le bateau était même plutôt propre ! Ils avaient cependant de petits yeux samedi soir, et même dimanche matin en reprenant la route de l’aéroport Édimbourg. Les soirées à Inverness semblent fort intéressantes !
Peut-être nous en diront-ils plus sur ce blog lorsqu’ils seront reposés ??
Pendant ce temps-là nous avons sillonné le Nord-Est de l’Ecosse avec la voiture que l’équipage de PikouRous avait gracieusement mise à notre disposition. Édimbourg et Inverness comme points de départ et d’arrivée, les châteaux de Édimbourg, de Blair près de Pitlochry, de Scone au Nord de Perth, de Sainclair (en ruine) à côté de Wick ; nous avons marché dans le Highlands : au Sud, près de Blairgowrie et au Ben Mac Dui près du CairnGorm : à chaque fois 600 m de dénivelé, mais avec un sommet bien plus élevé au Ben Mac Dui, et donc plus de brouillard, de la neige et un froid de canard. Nous sommes allés étudier les courants de marée entre la pointe Nord de l’Ecosse Donnet Head
et les Orcades (le Penland Firth qui est à la jonction de la Mer du Nord et de l’Océan atlantique accueille des courants de marée allant jusqu’à 16 nœuds !...), et reconnaître les Orcades qui de près nous ont paru plus hospitalières que ce que nous pensions, et pourraient être un objectif pour une prochaine navigation ?
Nous avons vu des témoins datant de 5000 ans (un village aux Orcades), des hommes de l’âge de pierres (cercle de pierres dressées…), du temps des Pictes et des vikings norvégiens, de la période des «Clearances» au cours de laquelle les paysans ont été chassés des terres des Highlands par les seigneurs locaux au profit des moutons, des deux dernières guerres mondiales à Scapa Flow aux Orcades. Nous avons rencontré des gens accueillants, en particulier dans les Bed & Breakfast qui nous ont accueillis.
Et nous avons crevé un pneu : ce n’est rien de conduire à gauche, conduire avec le volant à droite est encore plus déroutant. Le cerveau ramène sans cesse la voiture dans son référentiel habituel, c'est-à-dire trop sur la gauche. C’est comme cela que nous avons rencontré un morceau de trottoir…et crevé notre pneu.
Il nous a fallu une grande partie de la journée de dimanche pour réinvestir le bateau, faire les pleins, et lundi matin nous nous présentions à l’entrée du canal calédonien.




Picasa
Plein écran

vendredi 23 juillet 2010

De Stavanger à Edinbourg

Bon, nous ne sommes pas partis de Stavanger, mais de Tananger, un petit port situé à 20 km au Sud-Ouest de Stavanger. Et nous ne sommes pas arrivés à Edimbourg mais à Methil sur la côte Nord de l’estuaire de la rivière Forth (Firth of Forth). Mais sur plus de 300 nautiques, cela n’est qu’un détail !
L’avion de Patrick s’est posé près de Stavanger vers 14h45 le lundi 19 juillet. Il arrivait en direct de Carhaix et du festival des vieilles charrues, sans passer par la case maison et lit. Nous avons donc été généreux et lui avons donné le temps d’une douche et d’une sieste... Ce n’est pas mal, compte-tenu du fait que la fenêtre météo était favorable pour la traversée…
Et nous nous sommes amarrés à Methil jeudi 22 juillet à 04h45 : 374 nautiques (pour une distance en direct de 330 nautiques), 59 heures en 3 nuits et deux journées plus tard.
Entre temps…
La météo annonçait un vent favorable, mais des conditions… humides : bien vu ! Nous avons eu un vent du Sud pendant 24 heures, pour un cap 250 : sympa. Nous avons même eu le temps de fêter l’anniversaire de Patrick avec du renne et un gâteau au chocolat pour le premier dîner. Puis, le vent a forci un peu, et la mer nous a ballotés pendant la nuit… Certains n’ont pas bien supporté, voire pas bien du tout pour Daniel qui n’a pas profité longtemps de son dîner… Mais rien à dire côté navigation : avec la trinquette, puis 1 ris à partir de 4 heures du matin nous avancions entre 6 et 8 nœuds.
Au matin, les batteries de servitude qui nous avaient vaillamment soutenues pendant la nuit, avaient besoin d’un coup de pouce ; le vent était retombé à 12 nœuds : nous avons mis le poisson (l’hydro-générateur) à l’eau. Non seulement il nous a fourni l’énergie nécessaire à la bonne marche de l’électronique, mais il nous permis de recharger les batteries de 71% à 78 % au cours de la journée : satisfaisant !
Mardi en soirée, le vent tombait, et nous mettions le moteur (d’ailleurs plus efficace pour la recharge des batteries !), et la stabilité du bateau nous a permis une petite toilette et un dîner convenable. En effet, à midi, personne n’avait faim ???
Sur le coup de minuit Patrick, dont c’était le quart, nous réveille brutalement : un bateau de 60 mètres de long (dixit l’AIS), avec phare braqué sur nous … nous poursuit !
En fait, la visite du musée du pétrole à Stavanger nous avait tant impressionnés que nous souhaitions voir des plateformes pendant notre traversée. Nous en avions aperçue une vers midi, mais de loin, avec une mauvaise visibilité et étions restés sur notre faim. Alors, lorsque nous avons repérés sur la carte une zone avec plusieurs plateformes sur notre route, nous avions décidé de nous approcher « un peu » : 2 nautiques environ.
Depuis 18 heures un brouillard plus ou moins épais s’était installé, il faisait nuit, et visiblement notre route a effrayé les responsables de l’exploitation de la zone. D’autant que la plateforme la plus éloignée de la Norvège est petite et peu éclairée en comparaison des autres : ils avaient peur que nous ne la voyions pas. De notre côté, en étudiant la carte et laissant 2 nautiques d’écart, nous ne voyions aucun danger, et n’avions donc pas mis en route la radio VHF.
Ce que nous faisons quand le phare du bateau nous prend dans son faisceau ! Effectivement nous sommes contactés par les autorités qui nous demandent notre identité, destination… et nous expliquent leurs inquiétudes. Tout se finit bien, avec un sermon sur la nécessité d’écouter le canal 16 sur la radio, la mise en demeure de ne pas approcher la dernière plateforme, et des excuses de notre part. Mais le bateau que nous observons grâce à notre AIS restera une bonne demi-heure positionné entre la plateforme en question et PikouRous, le temps que nous nous éloignions…
C’est vrai que cette traversée manquait un peu de piment !
Mercredi au petit matin, c’est Daniel qui est de quart (toujours malade). Il voit par deux fois des dauphins venir jouer avec le bateau. Il paraît qu’il nous appelle, tape des mains pour jouer avec les animaux… Mais que ni Patrick ni Danièle n’entendent rien et dorment du sommeil des justes. Il faut dire que la première nuit a été blanche pour tout le monde : l’environnement n’incite pas au sommeil, mais la fatigue s’accumulant, on s’adapte !
Et à 6 heures nous coupons enfin le moteur qui tourne depuis 12 heures : le vent se lève, et de secteur Nord-Est, donc nous sommes au portant. Et comme la mer grossit, nous décidons de faire des bords de vent arrière. La brume est toujours là. Le vent va au cours de la journée s’orienter petit à petit vers le Nord, et nous resterons jusqu’à notre entrée dans le Firth of Forth sur le même bord, en suivant le vent. A la fin de l’après-midi, la force du vent est supérieure à 20 nœuds et s’établit parfois à 26 nœuds. Un ris, la trinquette : pas de problème. L’état de la mer en revanche redevient gênant pour certains qui sont de nouveau barbouillés, voire malades…
Ce qui nous contente après des mois de navigation dans les pays scandinaves, c’est la qualité de la prévision de Météo France. Les conditions rencontrées étaient conformes aux deux bulletins que nous avons demandés, un avant notre départ et l’autre mercredi matin par liaison satellite.
Nous sommes accompagnés par les fous de Bassan. Nous avons remis le « poisson » à l’eau, et malgré cela nous atteignons 9,5 nœuds en début d’après-midi, puis 10,5 nœuds.
Nous apercevons la terre (Au Sud de Peterhead) vers 19 heures, alors que nous la longeons à quelques nautiques depuis quelques heures, mais la visibilité n’est toujours pas fameuse, et l’humidité a envahi le bateau, jusqu’au fond des couchettes…
Patrick s’offre un plaisir en fin de soirée et ajoute le génois à la trinquette par 25 à 27 nœuds de vent : tenir le bateau n’est alors pas un mince affaire, mais nous naviguons avec une vitesse comprise entre 9 et 11 nœuds : une première pour PikouRous !
Vers une heure du matin jeudi, nous entrons dans l’estuaire de la rivière Forth. Peu à peu la rive Nord nous protège du vent, et surtout des vagues. Notre vent diminue, nous enlevons le ris, puis naviguons au moteur pour les deux dernières heures.
Après maintes lectures de notre guide nautique Imray et discussions, nous avons choisi le port de Methil comme point d’arrivée, dont le guide ne dit pas grand bien, mais qui est situé sur la côte Nord, donc protégé du vent, et qui est accessible à toutes heures de la marée. En effet, presque tous les ports assèchent sur la côte Est de l’Ecosse. De plus, Edimbourg ne propose pas de marina. En fait la seule marina est située plus au fond de la baie, mais avant le port de tankers : le trafic sur la rivière est important à cet endroit, et ce port, Port Edgar est très mal protégé des vagues créées par ces bateaux : notre guide n’en dit pas grand bien. Arriver de nuit, dans un port mal protégé ou un port qui assèche, cela ne nous dit pas…
L’accès à Methil est très simple. Les infrastructures sont immenses car il fut dock et port important au service des mines de charbon de la région de Fife. Mais les mines ont fermé… Les infrastructures sont plus ou moins laissées à l’abandon, et un « boat club » a obtenu l’autorisation d’utiliser une partie des immenses quais. Pour nous, il n’est pas possible de s’amarrer à un quai que l’on ne peut que deviner, avec une marée qu’on connaît mal. Nous cheminons un peu anxieusement entre les immenses quais, et o bonheur ! En nous approchons des bateaux amarrés-là, nous découvrons un catamaran qui nous permet un amarrage à couple sans problème ! Ouf ! Nous voilà installés pour la fin de nuit. Et si cela ne convient pas aux résidents, ils nous le diront le lendemain, alors que nous serons reposés !
Epilogue : Notre petit matin (midi heure européenne, mais 11 heures seulement heure britannique) se passera en fait très bien. Un phoque nous saluera pour le petit-déjeuner. Nous serons accueillis dans des installations rustiques certes, mais avec beaucoup de chaleur. Un membre du club nous emmènera même en voiture à la ville !
L’Ecosse se présente bien !

Aspects techniques
  • Excellent fonctionnement de l’hydro générateur qui nous a délivré en permanence 5 A/h. Les panneaux solaires seraient dans ces conditions inutiles.
  • Dans une mer formée, le RM 10.50 navigue plus confortablement avec de la voile sur l’avant.
  • La prévision Météo France sous forme de fichier Grib s’est révélée excellente et confirmée par le bulletin marine diffusé par les Coast Guards sur la VHF.
  • Requête des fichiers Grib effectuée par le logiciel Navimail 2 et transmission/réception par Skymail sur réseau Satellitaire Iridium. Il faut attendre quelques minutes pour recevoir les fichiers Grib. Utilisation de la nouvelle fonction « déplacement du navire » sur Navimail 2. Permet d’économiser son forfait météo et Iridium en demandant le juste nécessaire.
  • Visualisation des fichiers Grib sur le système de navigation Noé et Navimail2.




Picasa
Plein écran